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PSYCHOLOGIE DES SECTES

AUTRES OUVRAGES DE M. SCIPIO SIGHELE

Traduits en français

La Foule criminelle. Paris, Alcan, 1892. (Bibliothèque de philosophie contemporaine).

Le Crime à deux. Paris et Lvon, Storck et Masson, 1893. (Bibliothèque de criminologie).

Un pays de criminels-nés. Paris et Lyon, Storck et Mas- son, 1896. (Bibliothèque de criminologie).

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BIBLIOTHÈQUE SOCIOLOGIQUE INTERNATION Publiée sous la direction de M. RENÉ WORMS > >>, . Secrétaire-Général de l’Institut International de : Sociclogiè, QE 20 XIII RO EE

PSYCHOLOGIE DES SECTES

PAR

SCIPIO SIGHELE

Agrégé à l’Université de Pise Associé de l’Institut International de Sociologie

Traduction française par LOUIS BRANDIN

PARIS

V. GIARD & E. BRIÈRE LIBRAIRES-ÉDITEURS 16, rue Soufflot, 16

1898

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A LA MÉMOIRE SACRÉE DE MON PÈRE

MON ORGUEIL SUPRÊME

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AVANT-PROPOS

La Psychologie des Sectes se présente au public après mes deux autres ouvrages : La Foule criminelle et Le Crime à deux, qui eurent également l'honneur d’être traduits en français. Ce n’est donc pas ici le lieu de dire à mes lecteurs (si tant est qu’il s’en trouve) que cette étude esten corrélation intime avec mes volumes précédents et s’attaque par un nou- veau côté au problème, si intéressant, de la psy- chologie collective.

En France, ce problème depuis mon premier essai a donné à quelques savants l’occasion d’é- crire des pages pleines d’éloquence. J’en ai été heureux, parce que cela démontrait que le sujet que j'avais choisi était du plus haut intérêt; et je me plais à reconnaître que j'ai fait le plus grand cas des observations si neuves et si justes qui me sont venues des savants français. |

Je ne me dissimule pas que ce livre suscitera bien des critiques et que l’on traitera de paradoxes quelques-unes des opinions y exposées. Tant que nos études de psychologie collective se bornaient au monde des criminels, il demeurait bien impro- bable qu’on élevât contre nous beaucoup de pro-

testations. Maintenant que nous avons passé de la foule criminelle à la secte... plus ou moins cri- _ minelle, et que nous avons voulu discuter la mora- ne lité et l’immoralité des hommes et des milieux politiques, les protestations ne peuvent manquer. Nous touchons à un sujet trop délicat pour ne pas Voir surgir une réaction naturelle et spontanée. Mais ne nous plaignons pas des critiques : nous | autres positivistes, si nous disons ce que nous pen- sons à haute et intelligible voix, c’est que nous ne prétendons pas tenir la vérité renfermée dans notre main. Que dis-je? La polémique nous plaît parce : que c’est dans Ja science le moyen d'approcher de : la vérité, de même qu’en politique la lutte des par- Us est un moyen de parvenir à la liberté. À Je désire seulement indiquer ici que l'appendice Contre le parlementarisme a été écrit il y a trois ou quatre ans ; il a eu pour point de départ l'étude des conditions particulières se trouvait, et È se frouve encore malheureusement, le Parlement italien. J’ignore si les observations qu'il renferme : peuvent s'appliquer à la vie parlementaire fran çaise. Mais, en tout cas, la plupart des remarques, Fe, étant basées sur des données objectives de la pSy= _chologie générale, peuvent avoir autant de valeur pour le Parlement de Paris que pour celui de Rome. Aux lecteurs impartiaux d’en juger. | Rome, 14 décembre 1897.

SCIPIO SIGHELE.

La direction de la Bibliothèque Sociologique Inter- nationale se croit tenue de rappeler ici, comme elle l’a fait pour d’autres travaux, que la Biblio- thèque n'entend suivre aucune ligne politique par- ticulière. Elle accueille les ouvrages scientifiques, tels que celui de M. Sighele, en raison de leur mé- rite et du talent de leurs auteurs, sans prendre à son compte ni leurs théories sociales, morales ou politiques, ni leurs jugements sur les individus, en particulier sur les hommes d'Etat contemporains. La Bibliothèque est neutre et elle s’ouvre à l’expres- sion de toutes les convictions sincères et de toutes les doctrines cohérentes et raisonnées.

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INTRODUCTION

LES CRIMINELS MODERNES ET LES DEUX FORMES DE LA CRIMINALITÉ SECTAIRE

I, Une définition de Montesquieu et un paradoxe du professeur Al- brechts. Crimes anciens et nouveaux. L'immoralité publique.

II. Les deux types de civilisation. La civilisation reposant sur la violence, et la civilisation reposant sur le dol. Les deux types de eri- minalité. La criminalité atavique ét la criminalité évolutive dans le crime individuel et dans le crime collectif.

NI. Raisons de la différenec entre les deux formes de crime sectaire. Psychologie des minorités.

IV. Plan du livre. Une prédiction des Goncourt.

I

Rica, un des personnages sympathiques des Lettres Persanes de Montesquieu, à son arrivée à Paris, définit les petites maisons de la manière suivante : « Maisons les Français enferment quelques fous pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas (1) ». La phrase est peut-être aussi vraie que spirituelle, et pourrait s’ap- pliquer aux prisons ces autres maisons l’on enfer- me des coquins pour donner à entendre que ceux qui vi- vent en liberté sont honnêtes.

En réalité quand on songe au nombre des fautes dont les auteurs restent inconnus (2), au nombre des fautes dont les auteurs sont connus, mais qu’on ne peut, qu’on ne sait ou qu’on ne veut accuser et finalement au nom- bre de ces actions perfides et immorales qui ne trouvent pas dans le code pénal un article quiles vise, on est bien

4. Montesquieu. Œuvres complètes, tome IT, 1. 78, Rica à Usbech. Paris, 1856, édition de Ch. Lahure.

2. Voir pour les chiffres précis de ce phénomène douloureux et humiliant la Séatistica giudiziaria penale de 1894 et pour ce qui concerne la France l’article de G. Tarpe, Délits impoursuivis dans son volume. Æssais et mélanges sociologiques, Lyon, Paris, Storck, Masson, 1895. Quant à l'augmentation des fous, surtout des fous non renfermés, et qui dès lors échappent à la statistique officielle voir E. Morse. L'eredità materiale, intellettuale e morale del se- colo XIX. Genova, 4895. Et LomBroso. La follia nei tempi anti- chi e nei moderni. Archivio di psichiatria, ecc., far. V. 1895.

4 PSYCHOLOGIE DES SECTES

contraint de reconnaitre que les condamnés ne sont qu’une petite section, dépourvue toute chance, de cette nombreuse armée de délinquants qui pour la grandema- jorité réussissent à ne pas lier connaissance avec les ga- lères de la patrie.

, Un pessimiste pourrait. aussi soutenir que les coquins sont plus nombreux que, les gens honnêtes, et pour la période que nous traversons, ce ne serait pas une grande hérésie. Elle ferait le pendant de ce paradoxe, énoncé il y a des années à un congrès d'anthropologie criminelle par le professeur Albrechts : il affirmait que l'homme, bien plutôt qu'il ne représente un dévelop- pement ultérieur à celui du singe, n’en est qu'un des- cendant dégénéré (1). Certes au point de vue de la mo- rale, on pourrait douter que l’humanité fût pour soute- nir avec avantage la comparaison à une tribu d’anthro-

poïdes.

Une des causes principales qui expliquent l'incapacité de la police à découvrir et de la justice à punir les délin- quants, consiste, suivant moi, dans le fait que la crimina- lité a changé de forme. De sauvage et brutale, elle est devenue raffinée et policée; la cruauté l’a cédé au dol, la- violence à l’astuce, le délinquant moderne combat avec le cerveau bien plus qu'avec les muscles. Et cela cons- titue pour lui un avantage immense.

. Nous avons encore sur les malfaiteurs des préjugés analogues à ceux que nous avons sur les fous. Le public

4. Voir Actes du premier congrès d'anthropologie criminelle. Rome, 1886. ? É

PSYCHOLOGIE DES SECTES ÿ

-en général ne sait se représenter que deux seuls types .de folie : la folie du délire et la folie de l’idiotie. L'idée qu'un homme raisonnant avec logique etsans commettre . aucune erreur puisse être fou, est une idée qui n'a pas encore germé dans l'esprit du vulgaire. On a eu de ce que je dis une preuve éclatante dans le sourire d'incré- dulité qui a accueilli il y a quelques années la fameuse folie raisonnante de Verga (1). Et voici une vieille anec- dote, mais qu'il est encore permis de raconter (parce que sans doute on la reproduira encore bien souvent). Un lord anglais en venant de visiter un hôpital de fous de- mandait au médecin qui l’accompagnait : Mais sont doncles fous? Tant les hommes qu'il avait vu luiavaient paru sains d'esprit à cause de leur calme et du bon sens de leurs réponses.

Aussi bien ilest notoire non seulement que les formes du délire et de l'idiotie sont les plus rares, mais aussi que les maladies mentales ont des manifestations si nombreuses, si diverses et si obscures qu'il est plus dif- ficile de décider si un homme est fou que de résoudre Je problème de mathématiques le plus compliqué. Et aujourd'hui on ne fait plus que sourire de l'affirmation présomptueuse de Kant que, la folie étant une maladie de l'esprit, les philosophes peuvent seuls juger de la folie ou du bon sens d'un individu quelconque. Or il se passe pour les criminels quélque chose d’analogue. Le public a ses deux types du voleur et de l'assassin ; et il

4. A propos du célèbre procès Agnoletti. La folie raisonnante, appellation vraiment peu heureuse, est devenue depuis la folie ma- _rale.

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ne saurait sortir de là. Voler avec violence. tuer m riellement : voilà les deux actes paraissent se r mer tous les délits : et nous nous imaginons en ou

qu'ils doivent être toujours perpétrés par un homme: vêtu et avec une « trogne » qui inspire de la défia “et de l’antipathie, ee ee Mais on dira, et cela est vrai, que tous savent que, côté de ces criminels, il y en a d’autres qui vivent da

le monde élégant, qui s’habillent bien, et qui emploie

pour voler d’autres moyens que l'agression à main armée, que le vol adroitement pratiqué, ou que l'escalade noc turne. Mais c’est une chose que nous savons théori quement et que nous ne nous rappelons quasiment ja- mais dans la pratique. L’individu bien vêtu ne nous fait pas peur parce que nous sommes inconsciemment habi- tués à penser que l'homme riche et cultivé doit être honnête (1). |

. À. Au contraire, les classes riches et cultivées donnent pour le erim: unpour cent bien plus élevé que les classes pauvres, abstraction fait _ dans ces dernières des vagabonds et des individus sans profession cl nue. En France, par exemple, sur 100.000 individus de la même classe et du sexe masculin, les proféssions libérales donnent 28 accusés et le com . merce 38, les paysans ne donnent que 43. Voir Jory. La France criminelle. Paris L. Cerf, 1889, chap. VIII. Lori. (Problemi so- ciali contemporanei, Milano, Kantorowiez 1893, p. 33) exprimet ___, Opinion opposée: suivant lui «les 88 0/, des condamnés annuels appa ne tiennent aux classes pauvres, et 12 0/, aux classes riches et partot les pauvres sont loin de former les 88 °/, de la population totale »: Mais à l’illustre économiste on peut répondre encore que dans les classes riches il y a bien des criminels déguisés qui échappent a Gode ou que le Gode respecte, et en second lieu qu'il tient compte dans les classes pauvres de cette population de vagabonds et d'in- connus que nous avons laissés hors de notre comparaison, et où,

ur », n cu est Re et l'intérêt a. nr jomme pour tout ce qui est rare et inattendu. 1 Un tel état de choses facilite comme bien on pense l'impunité de ces criminels modernes, puisque dans mosphère confiante qui entoure ces individus, les oupçons sont plus tardifs et plus lents à tomber sur ux. Joignez à cela que leurs crimes perpétrés plutôt par l'esprit que par le bras sont dérobés per des gen ces difficiles à mettre à nu. | C'est chose connue ne le nor Tiburzi, en obli-

le na en une ne merveilleuse Re be

‘on ne sait s’il faut admirer l'astuce de celui quisait l'ac-

complir, ou s'il ne faut pas plutôt déplorer l'immorale A poltronnerie d de a s'y prête (1) Eh bien! les brigands... en gants jaunes n’en font-ils donc pas autant ? Le dé- _ puté ou le journaliste qui va chez un directeur de ban-

Le et se reçoit de is pour garder le silence Su

Voir mon étude : hou moribondo, dans le eus me du Mondo coule ie de A. G. Biancni, G. FERRERO

je nés ue Storck, 71896) ; 6 “l'enquête . e ne Nel regno di Tiburzi et l’article de C. LomBRoso : Il cervello Tiburzi dans _ la Nuova Antologia du 46 déc. 1896.

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yens sont en train de a. et voici les nouveau qui surgissent. Les vétérans sont à deux doigts de la tombe, mais les recrues serrent les rangs avec une tacti _ique nouvelle et une ardeur égale. Là-bas en Sicile les

_ bandes de Caccamo et de San Mauro ontencore la n

È veté de mettre leur vie en- danger pois gagner in

‘est ee raffiné : on vole, par amet a compromettantes d’une dame du grand monde et on menace de les vendre à celui qui peut avoir intérêt à le ë “acheter, s si celui-ci verse PO leur Dentton une ue |

‘n’est . pour rien que nous sommes du modernes e le télégraphe doit bien servir à quelque chose ! Ce qui surprend bien des gees, ou, Fans au moins,

PSYCHOLOGIE DES SECTES 9

crime ainsi modernisés (qu’on me passe ce néologisme) sont tout spécialement répandus dans les hautes classes de la société et dans le monde politique. Maudsley et Buckle souriraient de cette opinion eux qui ont écrit que l'intelligence est souvent en rapport inverse de la moralité et qu'il est impossible qu'un véritable homme politique puisse ne pas être en même temps un erimi- nel (1). Regardez les condamnés et les accusés... absous du _ Panama français et du Panama italien : parmi eux pas une médiocrité : ce sont des gens fort intelligents et quelques-uns sont des esprits de premier ordre, depuis de Lesseps qui fut la plus illustre victime des scandales français jusqu'au député qui fut la première victime et la plus tragique de nos scandales.

Devant ces faits on pense involontairement à la phrase du Christ : « Bienheureux les pauvres d’esprit car le royaume des cieux leur appartient ! ».Assurément il est probable que ces derniers vont plutôt au paradis queles hommes de talent.

Du reste dans notre histoire parlementaire toute ré- cente, nous aussi nous avons des faits qui pourraient prouver combien, en politique, il est difficile d’être ha- bile en restant honnête. Il y a, par aventure, quelques exceptions à cette vérité désolante, mais Le malheur est

1. Voir les paroles de Maudsley : « L’éxpérience prouve que beau- coup d'intelligence peut se trouver uni à peu de moralité et beaucoup de moralité à peu d'intelligence. » (Le crime et la folie, Paris, 1874, p. 32) et voir aussi à ce propos et surtout pour l’immoralité des

hommes politiques. Buckle, Histoire de la civilisation en Angle- terre, v. [, introd. générale.

que la plupart se ne à Pas r xcep la règle et ee . étonnement . un évén

nent | . Dans cet opfimismeäl 7 a ue reste des illusions

les gouvernements absolus. Lord Brougham écriva « La modération, l'honnêteté, l'amour du bien pub le désintéressement, qui sont vertus étrangères à u:

vie comme à l’époque la dr on del Etat était co

fiée à la favorite du Prince ou à son confesseur ; sa

ne . 143. Pr 2. Pas de malentendu. Je crois, moi aussi, qu’un gouven

la phrase si juste de Cavour, « la he des he se FE la meilleure des antichambres ». Mais je soutiens que même la |

leure des Chambres aujourd’hui est devenue, par une série de raison

qu'il serait hors de propos d'analyser ici, une chose fort mauya point de vue de la morale.

_ Les hommes qui peuvent être nuisibles, on ne les re- lègue plus, je l'avoue, dans une forteresse quelconque, ais ne dépense-t-on pas de l’argent l'argent da peu-

Æ A de mercenaires de Be plume, qui veulent, semble-

faire revivre les anciennes compagnies d'aventuriers, et qui, commeelles, se mettent à la solde du capitaine qui a le plus d'argent, et qui, comme elles, se révoltent, s’ils sont mal payés ou en sentant sur le chef l'odeur du cadavre ? Voilà donc le progrès : au lieu du sang, l'or; au lieu _des supplices, la corruption. Assurément nous sommes . Que généreux et plus humains.

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Les types de civilisation que l'homme a créés jusqu ici

_— écrivait Guglielmo Ferrero sont au nombre de

Deus la civilisation reposant sur la violence et la civi- _lisation reposant sur le dol. L'une et l’autre diffèrent fondamentalement par la forme que prend la lutte pour

lement par la once: le pouvoir politique et la richesse

: sont conquis les armes à la main, soit au détriment des e peuples étrangers, soit au détriment des concitoyens

1 is faibles; la concurrence nr entre un peus

mis di ue out on veut être Here de ue ue sont résolus par le duel. Dans: la civilisation

claires se substitue la guerre de chicanes et de ruses de: avocats ; le pouvoir politique est conquis non plus . aide due balles de fer mais avec 1ks balles d'arg ent;

et en rs comme le jeu de la Lo à. la guerre commerciale a lieu par le perfectionnement des moyens de production et plus encore des moyens de tromperie, cela revient à dire par d’habiles falsifications qui donnent à l'acheteur l'illusion du bon marché (4). A la civilisation du premier type appartiennent ou ont appartenu la Corse, une partie de la Sardaigne, le Mon- ténégro, les villes italiennes du Moyen-âge et en géné- À ral presque toutes les civilisations primitives. A lase- conde, au contraire, appartiennent tous les peuples civi- : lisés modernes, ( est: à-dire ceux dont le ee . L

deux cours d’eau a de directions ose 3 ils se mêlent surtout dans cette fin de siècle qui

1. Gucziezmo Ferrero : Violenti e frodolenti in Honor dans volume déjà cité : Il mondo criminale italiano.

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| ee avec ét ci qu'avec celle-là; car en on _ combat par la violence les dociétés étrangères et par le dol les SEE sa on société. Le |

lente pour qu'on puisse les récrhinaes et pour qu’ on ii os ie ils du Li périodes succes

A ce qui concerne notre sujet, sert à mettre ma a | en relief : la caractéristique de la barbarie est la vio- ence, la caractéristique de la civilisation, c'est le dol.

_ Et puisque comme le disait Virchow la patho- F3 1 ts même dans le Jo social, un procédé

unité qui peut précisément, en étant toidée sur

. l’un ou l’autre de ces types, se distinguer en deux for | mes bien définies. % : Le crime suivant la belle expression d'un philoso- he français (1) a été comparé à l'ombre projetée par la Société. Il est bien naturel que l'ombre reproduise Je profil du corps dont elle émane et qu'on ue juger de celui-ci par celle-là. | * Nous assistons en réalité, et peut-être sans avoir la

WF GABRIEL Dr dans la préface ie : Etudes pénales et sociales. > na Lyon, Storck, 1892. :

dive, à des moyens violents dans la lutte pour la vie, ke et supprimés désormais par la civilisation : l'homicide, =

le volet le viol ; et la criminalité évolutive, qui est éga- lement perverse etqui l'est peut-être davantageeninten-

tion, mais qui est beaucoup plus civile dans ses moyens, puisqu'elle a substitué à la force et à la violence l'astuce

et le dol. A ES

Quant au premier type de criminalité, il n'y a que

peu d'individus fatalement prédisposés au crime poury

figurer ; dans le second on peut en trouver beaucoup :

tous ceux qui ne possèdent pas un caractère adamantin, capable de résister aux influences malsaines du milieu 2€

extérieur. ; La première est un relief héréditaire des époques qui ont précédé la nôtre ; la seconde est un produit de la civilisation. Et à notre époque elles coexistent toutes à deux : la criminalité du passé et celle de l'avenir. Aujourd’hui, en face de l’assassin-né qui tue avec indif- férence et qui n’a pas horreur du sang, en face du | voleur-né qui force les caisses, en face du violateur de fillettes innocentes nous avons les types plus aristo- cratiques, plus jésuites, plus civilisés qui tuent morale- ment, qui volent des milliers ou des millions sans remuer un meuble, ou sans ouvrir une porte, qui sédui- . _sent et abandonnent des jeunes filles sans avoir recours à la violence matérielle : des individus qui, comme je le

de Cette différence sente les deux formes de criminalité été entrevue et incidemment remarquée par quel-

s écrivains dès les premiers essais de statistique judi-.

re et d'application de la méthode expérimentale à

ociologie. At Messedaglia dès 1879 écrivait que « la civilisation a e criminalité propre et caractéristique tout comme la barbarie (1), » et Maury, bien avant lui, avait dit que « les tendances crimmelles se transforment etne se Supa

cise par F errero et cle: se conte rs ent à quiconque veut comparer les crimes par exem- ple d’un Cartouche ou d'un Verzeni (criminels atavi- ues) à ceux d'un Chambige ou d’un Herz (criminels

dernes). La littérature qui en ces derniers temps suit de près la vie et la science nous offre de son côté deux types très connus qui résument et personnifient les deux cri-

de M une La statistica della criminalità, Rome, 1879. 2. Maury, Du mouvement moral de la Société, dans la Revue Lee Deux-Mondes, septembre 1860.

#2 Dans un article publié par la Revue des Revues, 1893, vol. Ÿ

minalités :

les crimes collectifs et spécifiques de pe de à

sociales. Et pourtant l'observateur le: a rite en.

pas ne pas s’ apercevoir que, à côté ie délits el ét:

DE

pou de ice ou tel c criminel, il y a ne formes

basse classe sociale. D'une Hi nous avons les ne S les bourgeois, les hommes cultivés, qui, dans la politi-. = que. et dans les affaires, vendent leur vote, leur ét, ‘en usant de l'intrigue, de se ruse et cu mensong

4. Eure Zoba, La Bête actes 2. GaBrieL D'ANNuNz10, L'Innocente.

PSYCHOLOGIE DES SECTES

sée et protestent contre l’immoralité qui vient d’en haut.

>

_ La ne _ ces deux formes de crininalité est

vx, la fraude ; la deuxième est en grande partie accom- “es par les re et ses procédés sont purement féro- : la révolte, l’homicide, la dynamite.

è | L'Italie durant ces dernières années a cependant trop

souvent offert le LA attristant de Het simultané

a mensonge oi le ou intéressé a donné d’ bee noms et d’autres motifs et à Rome, avec le scandale de la _ banque, les grossières immoralités des repus qui après | le festin paraissaient avoir, comme la louve de Dante,

plus faim qu'avant.

_ Les crimes violents des bas-fonds de la Société, les crimes frauduleux des classes ‘riches et cultivées, ces deux séries de manifestations criminelles sont des phé- _ nomènes dus à cette complexité obscure de causes que | ai Français définissent par ces mots: jin de siècle, ‘4 Nordau par /in de race (1), et qu'on pourrait, ce me SA 4 Ë semble, définir au contraire d’une façon moins poéti- ; que, mais\plus vraie la fin du régime bourgeons.

= Jci encore l'art avait, comme toujours, prévenu par _ sa synthèse intuitive la minutieuse analyse de la science,

| 4. Max Norvau, Degenerazione, Milan, 1893, vol. I.

gnostic de ces deu formes de mailles Zola 1. magistralement décrites dans deux de ses romans.

du crime sectaire des grands de ce des

III

tive une fois constatée, les questions suivantes se posent 1 ss elles -mêmes. Quels sont les CORSSANOEE mn

it servir de réponse à ces demandes se nn.

je crois, réduire à trois. | Avant tout c’est une chose connue que toute Scie

considérée à un moment donné de l'histoire, résum dans les diverses gradations de ses classes, comme dan

_ nous trouvons aujourd'hui des tribus sauvages qui re- - présentent l'état nous autres peuples civilisés ac- tuellement nous étions il y a quelques siècles, de même en restreignant l'observation aux diverses ; classes d’un même peuple civilisé sans l'étendre d’un peuple à un autre nous voyons que les classes supé- rieures représentent à ces seules ce qui est vraimen

[

PSYCHOLOGIE DES SECTES

_ moderne, tandis que les classes inférieures représentent encore dans leurs sentiments et dans leurs pensées un passé relativement éloigné ; et c’est pourquoi il est logi- ; que et naturel que les premières soient modernes et __ évolutives dans leur criminalité collective, et que les # __ secondes soient au contraire encore violentes, pour ne pas dire absolument ataviques. L

_ ment dans l’espace et en raccourci, est un fait parallèle, peut-on dire, à la loi d'Hæckel quel ontogénie reproduit

| - méme les diverses classes sociales d’un peuple donné résument d’une façon atténuée le chemin parcouru par ce peuple dans l'histoire.

Pour corroborer cette observation, je rapporterai les __ paroles suivantes d’un philosophe italien : « Il y a aussi dans une histoire contemporaine, il y a dans un moment _donné du temps une manière de stratifications d'époques;

vers pays limitrophes, il coexiste des degrés divers de

_ C'est une loi historique que le passé revit dans le pré- sent, que les formes et les types sociaux s’étant succédé - aucours de l'évolution en un stade quelconque de cette PA évolution, se côtoient les uns les autres, de sorte que les types qui ont moins progressé, loin d’être morts à jamais, conservent en certains lieux et en certaines couches non © seulement la force factice d’un phénomène cristallisé et

_ Le fait que dans toute société l’évolution accomplie | __ dynamiquement dans le temps se reproduit statique-

De la phylogénie. En effet, de même que la vie de l'embryon | résume avec une grande rapidité la vie de l'espèce, de

dans le même pays et dans la même société et dans di-

développement psychique, de conditions économiques.

20 PSYCHOLOGIE -DES SECTES

de pure survivance, mais toute la force et toute la vigueur qui dérivent d'une adaptation au milieu aussi réelle et propre que spéciale » (1).

Et Bagehot écrivait : « Pour nous rendre compte de ce fait que les intérêts délicats vont toujours en dimi- nuant au fur et à mesure qu’on descend l'échelle sociale, point n'est besoim d’aller faire un voyage chez les sau- vages: il nous suffit de parler avec les Anglais de la classe pauvre, avec nos propres domestiques, nous se- rons suffisamment édifiés. Les basses classes dans les pays civilisés comme toutes les classes des pays bar- bares, sont évidemment dépourvues de la partie la plus délicate de ces sentiments que nous désignons par le terme complexe de sens moral (2) ».

Il suffit, en effet, de songer aux effets de la naissance, de l'éducation, de la culture, du milieu, il suffit de se représenter les habitudes et les manières d’un gentleman toujours correctes et civiles, et de les comparer à celles de l'ouvrier ou du paysan rudes, parfois brutales, et qui ignorent la savante hypocrisie' des manuels de civilité pour comprendre quelle sera exagérée pathologi- quement et portée à l’extrême la différence entre les manifestations criminelles de l’une ou l'autre classe.

En second lieu, ce qui sert à expliquer cette différence, c'est le concept que chacun peut se faire de la crimina-

1. 3. Vaxni, Saggt critici sulla teoria sociotogica della POpo- lazione, I, 35. Ville de Castello, 1886; voir aussi J. PerTRoxE, La

terra nella odierna economia capitalistica, p: 38. 2. Bacenor, Loës scientifiques du développement des nations.

. Consulter aussi: Garoraro, La superstizione socialista, Turin,

Roux et Frassati, 1895.

33

DA

PSYCHOLOGIE DES SECTES 2

lité spécifique des deux classes sociales extrêmes. Sans vouloir émettre ici une opinion politique qui serait inop- portune, il est certain que la criminalité de la classe cul- tivée et aisée est un phénomène pathologique indiquant le vice de l'organisation sociale qui nous régit pour le moment, un symptôme qui nous avertit que le système actuel en est arrivé à la dernière phase et qu’il touche à sa fin ; la criminalité de la basse classe, au contraire, peut passer pour l'annonce, pathologique elle aussi, d’une nouvelle tendance qui surgit, d'une nouvelle ère qui est sur le point de naïtre. En un mot l’une est l'in- dice d’un soleil couchant, l'autre d’une aube : la pre- mière est un signe de dégénérescence d’un organisme jeune qui croit et progresse. Et c’est pourquoi la pre- mière a tous les caractères de la prudence sage et cir- conspecte et de la ruse sénile ; et c'est pourquoi l’autre a tous les caractères de l’audace impétueuse, impru- dente et impudente de qui sent sa jeunesse et sa force. Enfin la dernière considération et suivant moi la plus importante qui explique ces deux formes diffé- rentes de la criminalité consiste dans le fait que la classe supérieure non par le nombre, mais par la force et par les bases sur lesquelles elle repose, représente la majo- rité ; la basse classe, au contraire, la minorité. Or c'est un caractère psychologique commun à toute minorité d'être plus audacieuse, plus hardie, plus vio- lente que la majorité. La minorité doit conquérir ; la majorité ne doit que maintenir ce qu'elle a conquis ; et on a plus d'énergie pour atteindre un bien ou un but lointain que pour conserver ce qu’on a acquis. La vic-

PSYCHOLOGIE DES SECTES

toire affaiblit, Dali que le désir de vaincre augmente | d

le courage et la force. ê Peut-être cette affirmation (pour moi c’est un | axiôme)

n'est-elle que le reflet ou la reproduction sociale sije puis ainsi dire de la loi psychologique par laquelle | 4 l’homme a plus de jouissance quand il lutte pour obte- nir ce qui lui plait ou pour réaliser son idéal que lors-

qu'il J'a obtenu ou réalisé (1). Il n'est pas vrai, comme

le prétend Beaumarchais (2), que la raison du bonheur te

se trouve dans la possession: ce qui importe, suivant

Schiller, c’est que l’homme craigne ou souhaite le jour ?

qui doit venir. Le désir c’est la poésie de la vie, c'est.

plus encore : c'en est la condition nécessaire. « Il ya plus

de plaisir à courir un lièvre qu'à le prendre » disait Leibnitz (3) et Pascal répétait que « la fin de l'homme n’est pas de trouver la vérité mais bien de la recher-

cher. » Schopenhauer démontre dans une page comment

non seulement l’homme, mais la nature entière est des-

tinée à vivre sans un but, sans une cesse, sans une satis- ee faction finale. FT

Cela prouve que la vie même pour l'homme ne peut être, comme dit Pascal, qu’une recherche, qu'une We lutte sans résultat pour la terminer. Voici les parolesde Schopenhauer : « Il n'y a pas de corps sans affinité, cela revient à dire sans aspiration, ou, comme s'expri- merait Jacob Bühme, sans passions et sans appétits.

nl

4. Voir SPENCER, Principes de psychologie. 2. Voir Bourcer, Essais de psychologie contemporaine. : 3. Voir Risor, La psychologie + SPAS 2e édi-

tion, 1875. Paris, Germer Baillière, p. *

PSYCHOLOGIE DES SECTES

L'électricité propage à l'infini son antagonisme avec elle-même, bien que la masse terrestre en absorbe conti- nuellement l’effet. Le galvanisme, tout le temps que | fonctionne la pile, est également un acte sans fin etré- | pété sans trêve, de discorde et de réconciliation avec : lui-même. Et la vie de la plañte aussi est une aspiration continue vers la germination, en passant par des formes graduellement progressives jusqu'au moment le point nal, le fruit, devient point initial. Æ4 {out cela se répète

l'infini sans aucun but, sans aucune satisfaction, sans

aucun instant de cesse » (4). |

Ainsi la fin de l'homme est non pas de vaincre, mais de lutter. La victoire qui le rassure non seulement l'é- ie

nerve, mais aussi le corrompt. Et plus l'hémme a de _ côtés tourner la tête sans reculer, et plus il défie d’en- 4 _ nemis, et plus le nombre de ceux contre qui 1l maintient le poste Dieu et la raison l'ont placé est considérable, _ plus il est grand et fort (2). ae Ce phénomène individuel comme je disais se reflète d’une facon collective dans la vie sociale; les = minorités ne sont pas seulement {oujours la gloire detout “44e mais elles possèdent aussi ce qui manque aux _majorités : la violence et l'audace. Dans les domaines de la norme et de l'honnêteté, on peut aisément consta- ter cette vérité. Dans les parlements la partie la plus # ne la plus belliqueuse c’est toujours l'opposition

MESA Le Aude comme volonté et comme représentation, liv. IV, pa 51, Milano, Dumolard, 1888. 2 .R: Bovous Ignazio von Dollinger, dans la: FANS Antologia, 46 février 4890. + E. Rexaw, Vie de Jésus.

LUC Fée ete Ar PTS re on ge M AS Ds 2 QU 7-5 \ ME Cao

PSYCHOLOGIE DES SECTES

(c'est-à-dire la minorité). Dans la science et dans l'art les penseurs et les artistes les plus hardis et les plus vio- lents, ce sont toujours les novateurs, les hétérodoxes. « Toute science en voie de formation, dit Fouillée, est. comme la jeunesse PES d' vie et de Pi » oi 9e

ne la Revue a ne Mondes, 15 mars 1895.

IBsex, dans l'£nnemi du Peuple, à écrit une scène il traite 59 fort bien, malgré une exagération paradoxale, la différence entre la Er majorité et la minorité. Acte IV. scène V. Le docteur Stockmann.— La majorité n’a jamais raison, je vous le répète, jamais ! C'est un des mensonges sociaux contre lesquels un homme libre de ses actions et - de ses pensées doit se révolter. De quoi se compose la majorité des habitants d'un pays ? De gens intelligents ou d’imbéciles ? Je suppose que nous SéLone tous unanimes à reconnaitre qu'il y a partout des. imbéciles, et qu’ils constituent une majorité rudement humiliante. Mais par Dieu ! ce ne sera jamais une raison pour que les imbéciles règnent sur les gens intelligents ! (Tumulte et cris). Oui, oui, vous pouvez étouffer ma voix sous vos cris; mais, quant à me contredire, jme La majorité a pour si la force. malheureusement... mais elle n’a pas la raison. J'ai la raison, moi, et quelques individus seule- 5 ment avec moi. La minorité a toujours raison. (Nouveau tumulte) Fi Hovstad. Eh! eh ! le docteur qui est devenu un révolutionnaire. Stockmann. Pardieu ! oui, monsieur Hovstad. Je veux combattre ce principe mensonger qui dit: la voix de la vérité est celle de la multitude. Quelles sont, en général, les vérités que proclame la majo- rité ? Ce sont des vérités si vieilles qu’on les peut bien dire décrépites. Or, quand une vérité est parvenue à un pareil degré de vieillesse, il vaudrait mieux la qualifier de mensonge, puisqu'elle tend à ne en qu'un mensonge. (Aires et exclamations de mépris.) Vous me croi-. rez, si vous le voulez; mais les vérités n'ont pas la vie aussi longue que Mathusalem. Une vérité normalement établie ne vit que quinze ea vingt années au plus : rarement elle les dépasse. Et ces vérités déeré- pites, horriblement pauvres, ce sont les seules dont s'occupe la majo- rité et qu'elle recommande à la société comme une nourriture bonneet saine. Quelle nourriture peut-elle trouver dans ces aliments ? Aucune,

PSYCHOLOGIE DES SÈCTES La

S donne à une seule personne, assaillie par beaucoup d'au- _ tres, une énergic qu'elle n’aurait pas eue, si elle en avait eu d’autres à ses côtés. C’est la nécessité dela défensequi décuple les forces de celui qui est seul et plus faible, c'est l'instinet